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Une handicapée sur « liste noire » à la mairie de Boulogne

Une handicapée sur « liste noire » à la mairie de Boulogne


 

L’association humanitaire SOS MADISON INTERNATIONAL et le journal EWING DIRECTIVE se sont déplacés à Boulogne-Billancourt pour y rencontrer Anne Thyssen, 64 ans. Nous découvrons alors l’enfer de vivre, deux maladies mélangeant plus de cent symptômes : la borréliose (maladie de Lyme) et la fibromyalgie. Ne pouvant ranger elle-même son appartement à cause de ses violentes douleurs, on se fraye un chemin parmi les cartons, les meubles impossibles à monter. Elle nous explique que la mairie refuse de l’aider. Mais ils ne sont pas les seuls pourris à ignorer cette dame en détresse. Voici une histoire, une face cachée de la capitale française.

 

  • Les symptômes prennent le pas sur la condition de vie

Anne a travaillé jusqu’à ses 43 ans, dans la mode comme attachée de presse de la grande enseigne suisse de sous-vêtements Triumph. Avec plusieurs cordes à son arc, elle a aussi travaillé comme styliste, directrice de pige. Ainsi rédigea-t-elle plusieurs dossiers de presse. Sur le dernier y figura Ophélie Winter.

Mais en mai 1997, seulement âgée de 43 ans, d’étranges douleurs surgirent du dos. Plusieurs hernies discales eurent raison de son emploi. Au bout de quelque temps, elle se retrouva avec un corset et des béquilles. La même année, sa nièce Marine, dont elle avait la garde, s’émancipa. Emportant très peu d’affaires de ce local loué par sa tante Anne, elle a laissé à cette dernière énormément de cartons, meubles, etc… A partir de ce moment, Marine ne reparlera plus jamais à sa tante sans en donner la raison exacte.

En 1999, Anne ne dormait plus convenablement. De très intenses douleurs lui parcouraient le corps sans lui laisser le moindre répit. Elle passa donc des examens pour connaître l’origine de ses maux. Quelques séjours dans des centres antidouleur et elle découvrit l’horreur, la face cachée de l’univers médical.

« 1999 et 2000 ne furent qu’une succession de radios, scanners, IRM, Centres Antidouleurs (où, en fait, on ne fait que remplacer les souris) et où on testait des soi-disant thérapies pour sélectionner des candidats pour des « essais ». Et si on n’était pas retenu, on était traité comme de la M… ! »

 

Ils sont marrants, les instituts de santé. Ils font bonne figure avec des spots publicitaires en faveur des personnes handicapées. C’est là qu’on voit que le gain lié à la découverte de nouveaux médicaments piétine entièrement l’humain. Plus ils ont de chance de faire du fric, mieux c’est.

Aussi hypocrites que ces industriels qui construisent des appareils pour les personnes dans le besoin. Mais ne comprenant pas leur handicap, les vrais professionnels de santé (infirmiers, chirurgiens, médecins…) ne savent pas trop comment s’en servir. Au final, il revient plus aux handicapés de s’adapter au monde mercantile.

Les médecins lui ont finalement diagnostiqué deux maladies : Lyme et fibromyalgie. Les principaux symptômes de la première sont de fortes fièvres, douleurs articulaires, troubles de la concentration, du sommeil, pouvant varier selon la météo.

« On ne sait jamais, en se couchant, comment on sera le lendemain. Mais de toute façon, ne pouvant atteindre le « sommeil paradoxal » (réparateur), jour comme nuit, on vit par « tranches » de 2-3 heures, en « out » (parce que ce n’est pas du sommeil mais un genre de K.O) 24/24, 365 par an. Sans répit ».

 

Semblable est la liste de ceux liés à la fibromyalgie. Sauf que, pour cette maladie, près de deux fois plus de symptômes sont à dénombrer. Et quand deux symptômes identiques existent dans chaque maladie, ils ne s’annulent pas. Au contraire, ils s’additionnent !

Dans la plupart des cas, au début qu’une personne est malade, tout le monde la soutient. Puis, peu à peu, votre incapacité à rester avec les autres s’accroît, et vos amis les plus proches s’éloignent. C’est exactement ce qui est arrivé à Anne. Attachée de presse, elle a connu énormément de monde. Mais quand on a des problèmes, où sont les vrais amis ? Même son copain est parti suite à son opération de la hanche. Heureusement, une seule personne est restée pour soutenir Anne : sa propre mère, qui réside en Belgique. Ces deux femmes s’appellent tous les jours par Internet. C’est d’ailleurs la seule fois dans la journée qu’Anne parle avec quelqu’un.

Comme elle ne peut sortir de chez elle et que ses amis lui ont tourné le dos, ses liens sociaux se trouvent affaiblis. Déjà, à l’époque, pour s’occuper de l’éducation de sa nièce, elle dut assister à moins de soirées pour le travail. Des endroits pourtant très importants dans un monde de paraître.

« Je vois mes voisins de palier une fois tous les 15 jours, la pharmacienne et la boulangère. Je croise parfois des personnes qui me connaissaient du temps où j’avais mon chien et le promenais encore, même en Rollator (déambulateur)… »

 

Petit à petit, sa condition se dégrade et ses douleurs persistent. Toute sa vie s’entasse dans son appartement de Boulogne-Billancourt. Plusieurs dizaines de cartons pleins de souvenirs, de coupures presses, de documents familiaux et babioles en tous genres s’empilent. Des meubles non montés sont encore dans leurs emballages. Seul un passage très étroit la mène du salon à sa chambre.

La cuisine est pleine de vaisselle impossible à faire, les rangements étant trop hauts pour elle. Pire. Les toilettes ont un accès limité et la salle de bains est moins qu’acceptable. Pour y accéder, il faut passer par une chambre où le lit est visible sous les cartons et effets personnels. Quand vous arrivez devant la porte, vous constatez que le sol est jonché d’objets et la baignoire très difficile d’accès.

Récemment, son couloir a été dégagé par des bénévoles de l’association SOS MADISON INTERNATIONAL. Beaucoup de choses sont encore à déménager dans son appartement.

« Je VEUX avoir de l’espoir, mais j’en ai eu tant de fois que cela correspond à l’Euromillion. Mon rêve ? Me réveiller dans un lit propre, avoir l’espace de me lever, aller dans ma salle de bains avec une VRAIE baignoire pour dénouer les muscles sclérosés, me brosser les dents, aller dans ma penderie (accessible) et m’habiller, aller dans une cuisine « accessible », me préparer un petit déjeuner… »

 

Anne a lancé des dizaines d’appels au secours auprès de l’État et des organismes français. Voici pourquoi cette dame n’a jamais reçu une aide vraiment sérieuse sinon celle de l’association SOS MADISON INTERNATIONAL.

 

  • Pas assez malade pour la France

En 2003, elle est inscrite à la CRAMIF (Caisse Régionale d’Assurance Maladied’Ile-de-France). Le problème, c’est qu’elle n’est reconnue invalide qu’à 79 %. Hypocritement. Il lui manque 1 % pour être considérée véritablement comme handicapée et toucher des aides.

Récent portrait de Anne Thyssen

En France, il faut être mutilé pour être réellement reconnu. Il faut que ça se voie. Que ce soit avéré. Le serment d’Hippocrate dit : « Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice ». Bravo aux médecins qui respectent cette phrase ! Mais ne pensez-vous pas qu’il est temps que l’État français signe aussi ce document ? Car si la France croyait les douleurs d’Anne, il y a longtemps qu’elle l’aiderait dans la vie de tous les jours au lieu de lui mettre des bâtons dans les roues.

Des personnes habilitées sont venues chez elle pour la rencontrer en personne. Elles ont vu de leurs propres yeux le dédale et la maladie détruire une personne. Parmi toutes celles qui l’ont dénigrée, retenons cette Madame Lopez, assistante sociale de Boulogne-Billancourt. Anne Thyssen nous révèlera quelque chose à propos de cette femme qui a oublié son humanité :

« Je ne sais pourquoi, je suis sur un carnet noir (à la ville de Boulogne), mais cette dernière m’avait dit que si je n’étais pas satisfaite des services sociaux de Boulogne, je n’avais qu’à déménager. RIEN, ils ne m’ont RIEN épargné. »

 

C’est une véritable claque que se prend Anne le jour où ces mots lui ont été prononcés. Et en plus, c’est ce genre de personne qui vous lance qu’elle est là pour vous aider. C’est ça. Aussi efficace que la justice qui est là pour nous « aider ». Pourtant, elle ne fait rien !

Une autre personne est venue dans son appartement. Devant décider d’une éventuelle aide, elle conclut en disant franchement à la principale intéressée :

« Ça ne pue pas assez pour qu’on vous aide. »

 

Je pense qu’Anne devrait perdre encore un peu plus de dignité. Tout simplement les rappeler et enduire le sol de ses propres déjections. Réagiront-elles ? Même si j’en doute fort, il y aura toujours quelque chose à redire qui ne va pas. Finalement le message ne serait-il pas le suivant : « Anne coupe-toi un bras et on reviendra ».

Elle a sonné à tous les organismes présents. Le Secours Catholique lui a répondu qu’il ne peut rien faire en-dessous de 70 ans, et les Scouts et Guides de France l’ont regardée comme une martienne. Elle est belle la religion chrétienne ! Elle qui proclame « charité ». Pendant que son saint chef absout publiquement les bandits (oui, parce qu’il faut que tout le monde le voie). Il y a des gens dans le besoin qui aimeraient avoir un peu de considération. Donc, soit maintenant vous vous bougez le ***, soit vous arrêtez de proclamer paix, liberté et autres pipeaux à qui veut bien les entendre et rentrez chez vous.

Des équipes de télévision (de type D&CO) sont venues lui rendre visite. Les techniciens lui ont déclaré mot pour mot : « Une handicapée va plomber l’atmosphère d’une émission de divertissement. » LOL Je n’argumenterai pas d’avantage sur ce genre de bêtise inhumaine. Si vous voulez en savoir plus sur le handicap à l’écran, nous vous invitons à lire l’article sur Mémona Hintermann.

 

  • Comment faire face à la douleur et à l’isolement ?

Beaucoup de personnes qui souffrent en permanence finissent par dire qu’elles s’habituent à la douleur. Elles la sentent mais c’est devenu une habitude. Comme si elles ne se souvenaient plus de leur vie avant la douleur.

Les médicaments y sont pour quelque chose. Et de cumuler ces deux maladies, Anne raconte comment elle surmonte le mal :

« Lorsque je me réveille, je prends un cachet d’opium […], et d’autres qui vont du sulfate de morphine, relaxant musculaire, antidépresseurs, anti-inflammatoires, magnésium, à la vitamine E, …on est 24 h/24 desséché »

 

Moralement, on se doute bien que ça ne va pas fort. S’accrochant à la vie, une des défenses qu’elle a établi tout au long de ces années est l’achat compulsif d’objets divers et variés. Le psychanalyste et psychologue Pascal Couderc explique ce phénomène (relayé sur le site www.psychoparis.com) :

« Ces sujets sont comme « possédés par une envie irrépressible d’acheter, qui s’apparente à un besoin de drogue ou d’alcool ». L’achat suscite une impression d’euphorie, comme une nouvelle addiction »

 

Un phénomène que nous pouvons largement comprendre chez Anne qui a besoin de nouvelles émotions, brisant ainsi la monotonie dégradante de sa vie.

Très récemment, son médecin lui a proposé une hospitalisation. Craignant une septicémie (infection généralisée du sang), il souhaite la plonger dans un coma artificiel afin de lui pratiquer tous les examens nécessaires. Ce serait d’ailleurs aussi une très bonne occasion de laisser son corps avoir un peu de répit… le premier depuis 17 ans.

 

Ironie. C’est le mot qui dirige le sort d’Anne Thyssen depuis une vingtaine d’années. C’est bien la mentalité de la France et de beaucoup de ses occupants ; le : je m’en foutisme. Dans une société qui ne veut que du fric, du fric et du fric, Anne résume la situation en quelques mots : « …en France, ce sont les VRAIES victimes qui trinquent… »

Le Président de SOS MADISON a envoyé un courrier au CCAS de Boulogne. Si l’assistante sociale n’agit pas après le courrier envoyé, une plainte sera déposée auprès de la Police pour « Non assistance à personne handicapée en danger ».

Affaire à suivre…