Le totalitarisme façon SNCF Juil17

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Le totalitarisme façon SNCF

Le totalitarisme façon SNCF


 

Qu’il s’agisse de racisme ou de compréhension du handicap, certains employés de la SNCF ont décidément beaucoup de progrès à effectuer. Il y a plus d’un mois déjà, Mason Ewing a dû essuyer les propos xénophobes d’un guichetier de la gare de l’Est : « Si vous n’êtes pas content, retournez dans votre pays ». Maintenant, c’est à son handicap que le Service de Sécurité ferroviaire s’en est pris. Une occasion pour eux de faire comprendre que la différence, ben… ce n’est pas leur truc !

 

  • Les faits

Il est 17 H 18 à la gare de Meaux. Avec une régularité déconcertante, le bus – de la compagnie Marne et Morin – y est encore arrivé en retard. Le train pour Paris-Est part dans moins de deux minutes. Mason, Milan et Bastien courent donc pour ne pas le louper. En effet, Mason (noir de peau et aveugle, ce dernier point n’est pas inutile à préciser) doit se rendre à une interview avec une importante productrice hollywoodienne : Pepper Jay. Un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte car l’Américaine s’envole le lendemain pour Los Angeles.

Les signaux sonores sont déjà enclenchés, les portes vont se fermer dans quelques secondes et Milan les retient le temps que Mason et Bastien s’en approchent. Mais la Sécurité ferroviaire les empêche de monter, et Milan est contraint de quitter la voiture. Les agents renoncent à le verbaliser. Mason se dispute avec un des leurs sur le fait qu’ils n’aient pu entrer. Discussion sans fin. Mason, Milan et Bastien décident de s’en aller. Descendant les escaliers, Mason énonce clairement qu’il s’en fiche éperdument de ce que disent les agents. Mais un policier (Maxime K…) estime sa dignité touchée de plein fouet et ne cesse de lancer des piques à Mason. Il entend provoquer Mason et le forcer au faux-pas. Ce qui se produit quand Mason lui dit : « Vous faites chier avec votre boulot de merde, fermez votre gueule ». Une phrase qui ne se voulait pas une insulte mais qui suffit pour justifier une interpellation pour « Outrage à agent ». Lui seul a été outragé. Personne d’autre. Mais la seule femme agent qui était avec le groupe (Caroline G…) s’est aussi sentie outragée…, alors que les trois amis n’ont vraiment remarqué sa présence que quand Mason était déjà menotté.

Ce n’est pas un scoop : les agents de la Sécurité ferroviaire passent à l’attaque mais en plus, mentent sur les faits. Quelqu’un en sera-t-il étonné ?

Si je comprends bien, lancer une phrase de ce genre à une personne lambda est anodin. Mais quand c’est à un fonctionnaire, alors là… ça prend des dimensions démesurées. Preuve que l’État se croit supérieur aux citoyens. Quand je pense que c’est nous, simples citoyens, qui élisons nos représentants. Coluche avait raison quand il disait :

« Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit ! »

En même temps, c’est normal. Quand on cherche une personne, il faut s’attendre à quelques représailles.

A peine Mason a-t-il craqué que l’agent de la SNCF descend les escaliers en criant : « Outrage à agent ! ». Il en semble tellement heureux qu’on croirait qu’il vient chercher son gain à l’Euromillion. Peut-être est-il satisfait de remplir son quota d’interpellations du jour ?

Le non-voyant veut alors s’en aller, exaspéré par tant d’enfantillages. Même si le bleu lui dit qu’il est interpellé, Mason ne l’écoute pas et poursuit sa route. Il reçoit alors des dizaines de petits coups au thorax. Il est même poussé en arrière. Mason ordonne qu’on ne le touche pas et crie sur le policier en question. Ce n’est pas pour autant qu’il arrête et se donne même un malin plaisir à le bousculer. Victime de son handicap, Mason se débat et le dégage de devant lui avec sa canne. Plusieurs agents le maîtrisent alors et lui passent les menottes.

Je pense que si la Police a du mal à garder son calme, que ses écoles gardent ouverte la porte de sortie. Et que certains changent de métier au bénéfice d’un plus calme !

De plus, Mason semble être en ligne de mire d’un des agents qui confie à Milan et Bastien qu’il connaît Mason. En effet, il l’a déjà vu à la télé, parlant de ses déboires avec la SNCF. A-t-il voulu se venger en arrêtant Mason ? Simple supposition…

 

  • La réaction de Mason

Vous vous demanderez pourquoi une telle réaction de Mason ?

Sachez simplement une chose : quand vous êtes handicapé visuel, vous vous méfiez de votre environnement. Quand un non ou malvoyant marche et qu’on lui assène des coups sans arrêt, cela a pour effet de le déstabiliser entièrement. Alors, si les agents de sécurité ne peuvent pas le comprendre, ils devraient retourner en formation. En même temps, le savoir-vivre est un art que de nombreux voyants n’ont pas beaucoup développé vis-à-vis de divers handicaps. En plus d’être déstabilisant, c’est très stressant.

Il y a une autre raison, relative à son passé, pour laquelle Mason ne voulait pas qu’on le touche. Pour ne l’énoncer que très rapidement, il a été battu, brûlé, séquestré, sexuellement attouché ; on lui a appliqué du piment dans les yeux et sur le sexe. Tout cela dans les vingt premières années de sa vie (découvrez un article qui retrace son parcourt). Alors, si aujourd’hui il refuse qu’on lui porte un coup ou qu’on le touche de cette manière, c’est entièrement légitime.

En somme, cette réaction était plus un reflexe que de l’hostilité. Essayez de faire ça à une autre personne qui a subi une enfance atroce et vous verrez bien comment elle va vous répondre…

La Police de la ville est appelée pour emmener le malfrat au commissariat. En route, il y a comme une surprise pour lui. Les policiers ne jugent pas Mason. Au contraire. Voyant qu’il n’est pas dangereux, ils lui retirent même les menottes, parlent de choses et d’autres, en arrivent même à rigoler avec lui. C’est bien la première fois que des policiers ont ce genre de bienveillance…

 

  • Le lendemain

Mason revient chez lui, convocation en main pour le lendemain. Une plainte a été déposée contre lui. Il est interrogé sur les faits et, à la fin de l’entretien, il annonce qu’il avait déjà porté plainte contre l’agent de la SNCF. Une plainte qui fait l’effet d’une bombe sur Nathalie B…, le brigadier-chef de Police qui l’interroge. Elle se sent mal vis-à-vis de ses collègues. Elle a du mal à rester impartiale et ne cache pas son mécontentement. De plus, Mason a informé Ewing Directive qu’un témoin lui a envoyé une vidéo des faits incriminés filmés à la gare. Mason compte mettre cette vidéo sur YouTube afin de dénoncer les mauvais agissements des forces de l’ordre.

A peine une demi-heure plus tard et un coup de fil passé à Madame la substitut de permanence au TGI de Meaux (Hélène G.), l’affaire est classée. Mason écope seulement d’un rappel à la loi. Au premier abord, ceci est présenté comme une faveur car, aux dires du brigadier, Mason n’est pas connu des services de Police. Papier qu’il signe, mais dénonce une justice qui veut protéger ses collègues. Il veut aller plus loin et a envoyé un courrier au Palais de Justice pour relancer l’affaire et clamer son mécontentement.

Affaire à suivre, en espérant qu’il obtienne gain de cause…

Espérons aussi que, les années à venir, les ministères du handicap et de l’Intérieur réagissent pour, a minima, limiter les discriminations que subissent les personnes handicapées et les étrangers. Ah oui, j’oubliais : les Noirs ont du sang noir qui coule dans les veines. Ils sont donc le fruit du diable !

 

En seulement deux mois, Mason a été victime de racisme et d’une sorte de « je-m’en-foutisme » envers son handicap de la part de la SNCF. Mais il n’y a aucun souci à se faire car cela est accepté par la loi. La preuve, la Justice a passé l’éponge ! Une fois de plus elle laisse les citoyens sur la touche en faisant la part bonne à l’autorité totalitaire de l’État !