Gaumont : sur un passé gommé Sep13

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Gaumont : sur un passé gommé

Gaumont : sur un passé gommé


 

En 1930, Léon Gaumont quitte l’entreprise qu’il créa en 1895. 35 ans de règne et l’évolution du cinéma eurent raison du géant français. La version officielle retient qu’il dut partir à cause de problèmes d’argent. Aujourd’hui, la famille Gaumont porte de lourds secrets sur cette période. Jimmy, l’arrière-arrière-petit-fils de Léon, veut connaître toute la vérité sur cette affaire. Persuadés que tout n’a pas été dit, son père et sa mère l’épaulent dans sa démarche.

 

  • Une histoire de famille

Pierre tombale de la famille Gaumont

Jimmy naît le 27 juillet 1988. Diplômé de menuiserie, il mène en parallèle une activité musicale les week-ends. Depuis 2015, il s’établit en tant qu’auto-entrepreneur DJ. Il se produit lors d’évènements privés, professionnels, etc. Son nom de scène est des plus simples : Jimmy Gaumont.

L’art et l’entreprenariat sont deux domaines qui régirent sa famille au début du siècle dernier. Son père, Michel Léon Gaumont (67 ans) est le petit-fils de Raymond Gaumont, fils du père fondateur de la célèbre production. La mère de Jimmy est Christine Trémauville.

Cette famille dont tout le monde connaît le nom, a des secrets enfouis depuis la Seconde guerre mondiale. Au sein de la tribu, on sait que la version officielle de cette affaire est détournée ; ou du moins enterrée. Il y a des histoires cachées que personne ne veut dévoiler. Au fil des générations les secrets de famille se sont perdus et les questions demeurent présentes. Jimmy est le premier des siens à vouloir lever le voile sur cette histoire. La famille peut dès à présent compter sur le soutien du producteur audiovisuel, Mason Ewing, pour mener à bien cette enquête.

Les faits, si bien gardés secrets, ont bien arrangé les patrons de l’époque. Si bien que plusieurs ambiguïtés subsistent… Explications.

 

  • Une société en déclin

Tout débute lorsque Léon Gaumont rachète la société Le Comptoir Général de Photographie qui l’employait. Il est alors soutenu par d’illustres contemporains : l’astronome Joseph Vallot, le banquier Alfred Besnier et l’industriel Gustave Bonikhausen, plus mondialement connu sous le nom d’Eiffel ! En quelques années, l’ascension est fulgurante, tant au niveau de la production que de la projection et de la manufacture. Léon crée de multiples machines destinées au tournage et au visionnage. C’est même lui qui propose une méthode pour allonger les enregistrements sonores (on ne pouvait jusqu’alors enregistrer que 4 ou 5 minutes avant que ne se produise un décalage avec l’image).

Première de couverture du livre Les premières années de la société L. Gaumont et Cie

Durant la Première guerre mondiale, les sociétés de cinéma françaises connaissent un sérieux déclin. En effet, l’argent n’est plus destiné aux divertissements mais à l’effort de guerre. Les productions tournent au ralenti et les sorties en salles deviennent de moins en moins fréquentes. En France, c’est une période de vaches maigres que traversent les cinéphiles. Georges Méliès, le précurseur en personne des effets spéciaux est même contraint de fermer les portes de son théâtre à raison de cette conjoncture.

Cette situation laisse les productions étrangères, notamment américaines, s’approprier une grosse part du marché. Et les Français prennent goût à ce nouveau cinéma. Hollywood s’élève avec une poignée de talents tels que Charlie Chaplin, Griffith, Cecil B. DeMille et des films comme Madame Butterfly, Naissance d’une Nation, Sunshine

 Les choses ne s’améliorent pas en 1929, quand sort le premier film français parlant. Deux ans de retard sur les américains avec Le chanteur de jazz ! Ce qui bouleverse totalement les productions de l’époque. Les spectateurs deviennent accros à cette nouveauté et il fallut adapter toutes les salles de Gaumont, Pathé,… avec du matériel adéquat. Les investisseurs, qui ne croient pas vraiment à la bande sonore, ne veulent pas donner suite au projet. Grossière erreur de leur part. C’est alors que Gaumont se voit basculer lentement dans de grosses pertes financières.

 

  • Quand Léon en finit avec Gaumont

Décoration de Léon Gaumont.

Le fondateur lâche donc les rênes de sa société en 1930, part pour le sud de la France y passer ses vieux jours. Homme politique et producteur, Louis Aubert lui succède. Mais pourquoi Léon n’a-t-il pas su remonter sa société ? A-t-il subi des pressions ? A-t-il tout lâché de son plein gré ? Car il n’était pas mauvais gestionnaire. Même s’il avait beaucoup perdu, il restait au moins à Léon Gaumont sa créativité. Il aurait pu tenir sa société à flots, lui qui la connaissait mieux que quiconque.

Après avoir précédemment évoqué le contexte de l’époque, concentrons-nous maintenant sur la société Gaumont et ses activités.


Tout d’abord, considérant la courbe descendante dans laquelle se trouve Gaumont au sortir de la Première guerre mondiale et la montée en puissance du cinéma américain, il fallait remplir les caisses vides. En 1914, il produisit 145 films. Et seulement 11 les quatre années suivantes ! A la mort du directeur artistique Louis Feuillade, en 1925, les réalisations s’arrêtent pour se focaliser sur l’aspect technique. Gaumont innove déjà beaucoup dans le matériel de cinéma en tout genre. S’associant cette année-là avec Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), incontournable du cinéma outre-Atlantique, Léon donne l’opportunité à cette entreprise de s’exporter pleinement en France, la concurrence étant rude entre les entreprises américaines elles-mêmes. Cette fusion naît alors sous le nom de Gaumont-Metro-Goldwyn (GMG).

Nous pouvons aussi penser que les problèmes financiers de Gaumont ne permettaient plus de produire aux alentours de 1925, et que la disparition de Louis Feuillade ne soit que l’élément déclencheur de l’arrêt de l’activité. Il aurait alors fallu quelqu’un pour entretenir une clientèle en salles et que MGM puisse se charger de vendre ses produits.

Léon Gaumont (1939)

En tout état de cause, Gaumont se tire une balle dans le pied, coincé qu’il est dans un cercle terriblement vicieux. Le cinéma national ralentit car les productions américaines ont la faveur du public français. En autorisant celles-ci à exploiter les salles en France, les productions telles que Gaumont ou Pathé sont étouffées.

En 1929, la collaboration s’arrête brutalement. Qui a bien pu rompre ce contrat en or ? MGM ou Gaumont ? Ce dernier aurait eu trop besoin d’argent et l’Américain n’a que des avantages à rester ici ! A qui profite alors la cession du contrat ? La question reste encore aujourd’hui sans réponse. Face à l’essor du cinéma, les productions nationales ont un besoin insatiable d’investir dans de nouveaux projets. Mais les banques sont toujours réticentes.

Cette même année, État français et Banque Nationale de Crédit s’investissent chez Gaumont en le rapprochant de Louis Aubert. Fondateur de la Compagnie Générale du Cinématographe, ce dernier est propriétaire des salles Aubert Palace. L’alliance créée porte le nom de Gaumont Franco-Film Aubert. Léon quitte son poste de directeur au profit d’Edgar Costil. Hommage ou insulte, il sera bombardé Président d’Honneur. Dés lors, les usines, filiales et agences étrangères de Gaumont sont mises en vente ou fermées.

 

Archive de Léon Gaumont

 

D’après la version officielle, c’est à cause du cinéma parlant qui bouleverse toute l’industrie (les financiers se faisant rares). Si l’on réfute cette version, on peut alors librement penser que c’est en voyant les mauvaises décisions d’Edgar Costil que Léon préféra partir.

Gaumont Franco-Film Aubert se recentre alors uniquement sur la production de films. Il n’est plus question d’innover au niveau du matériel. De plus, il n’en sortira quasiment que des films comiques, vendeurs. Mais l’argent manquait et on voulut redonner à la compagnie ses lettres de noblesse. Le capitalisme gangrène alors l’entreprise qui dépose le bilan en 1934. Cela n’a finalement pas dû étonner Léon de constater la désastreuse gestion de son successeur !

En 1932, Aubert s’est éloigné du cinéma en devenant député de Vendée. Puis il est nommé Conseiller du Commerce Extérieur au sein du Gouvernement à la fusion de sa société avec Gaumont. Étrange coïncidence, ne trouvez-vous pas ? L’État, avec le soutien d’une banque, met le grappin sur Gaumont et donne l’avantage à Louis Aubert en l’accueillant en son sein. Comme un remerciement, une récompense.

En 1938, l’État participe à la relance de Gaumont. L’État, toujours l’État…

 

Nous ne saurons probablement jamais ce qui a pu renverser ce qui deviendra, 60 ans plus tard, un monstre du cinéma en France et en Europe. Des problèmes économiques, d’accord, mais Léon Gaumont aurait pu éviter tout cela. Voici une première théorie avancée dans ses lignes. Peut-être que la vérité n’y est pas mais il y a matière à se questionner. Quant à Jimmy et sa famille, les questions demeurent, avec trop peu de personnes pour y répondre. Ils mènent actuellement leur propre enquête. Et vous, connaissez-vous la vérité ?

 


Médiathèque au Carré Léon Gaumont