L’école d’Émana, établissement voisin du Palais de l’Unité Déc16

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L’école d’Émana, établissement voisin du Palais de l’Unité

L’école d’Émana, établissement voisin du Palais de l’Unité


 

En France, une polémique voudrait que certains professeurs soient rémunérés de moitié. Parmi une quantité d’injustices qu’une école publique camerounaise doit affronter chaque jour, la question de la rémunération en fait partie. Située à deux pas de la résidence du palais de M. le Président de la République du Cameroun Paul Biya, l’école d’Émana est en butte à de graves soucis liés aux bâtiments et aux moyens alloués. Quelques membres de l’association SOS MADISON INTERNATIONAL s’y sont rendus en octobre 2017 et rapportent dans les grandes lignes les éléments suivants :

  • Les écoles au Cameroun

L’école d’Émana, à Yaoundé (Groupe 1 et Groupe 2), n’est pas l’établissement scolaire le plus à plaindre au Cameroun. Et pourtant, de graves difficultés persistent pour élèves et professeurs. La première d’entre elles étant le nombre d’enfants par classe, qui ne cesse de croitre par rapport au mobilier mis à disposition. Quand une cinquantaine d’entre eux peuvent s’asseoir, une dizaine d’autres sont obligés de rester par terre. Mais ce qui rend l’éducation précaire est aussi le manque évident de fournitures scolaires. Rares sont les parents qui peuvent en pourvoir leur progéniture. Comment voulez-vous travailler et réviser un cours sans même pouvoir le noter ? Tout garder en tête ? Pour ces élèves de primaire, impossible. Et, cerise sur le gâteau : les manuels scolaires. Il y en a très peu, et tous les élèves ne peuvent pas faire les exercices qui s’y trouvent. De plus, il n’existe pas de cantine scolaire. Ce qui signifie que chacun doit acheter son propre déjeuner à midi. Parfois, il arrive que les parents n’aient pas assez d’argent pour leur enfant qui devra sauter ce repas.

Toutes ces choses qui subjuguent les occidentaux sont monnaie courante. A cause de cela, beaucoup de jeunes manquent de concentration. Beaucoup se découragent et, quand ils ne sont plus obligés d’aller en cours, n’y vont plus. Souvenez-vous de ce slogan : « Un élève en échec scolaire est un élève démotivé ».

 

La situation n’est guère plus enviable du côté des professeurs. Tout d’abord, les nouveaux titulaires doivent attendre cinq longues années avant de pouvoir prétendre à un salaire. Autant dire que le métier est une vraie passion pour celles et ceux qui l’exercent. Il faut une motivation supplémentaire quand on sait que l’école ne peut pas toujours payer le taxi aux enseignants pour venir travailler. Bien souvent, c’est à leurs frais. En somme, s’ils ne reçoivent pas de salaire, ils doivent payer pour travailler.

 

Cette situation est malheureusement commune à de nombreux établissements scolaires au Cameroun. Mais le plus choquant dans le cas de l’école d’Émana, c’est qu’elle se situe juste à côté du Palais de l’Unité, résidence du Président Paul Biya. Ce dernier n’a pas l’air d’être très sensible à ceux qui représentent son pays, même s’ils exercent si près de chez lui. D’autant plus qu’une des routes qui rejoint son palais passe par l’école ! Comment voulez-vous qu’un pays avance et se développe correctement si même l’éducation est hautement négligée ?

Mais ce n’est pas seulement sa faute. C’est aussi celle du gouvernement français qui jouit depuis maintes décennies de la pauvreté des africains.

Il faut aussi noter qu’une ordonnance du Président Paul Biya fit polémique : la gratuité de l’école publique. Cette décision eut un effet placebo car l’argent ne rentrait plus dans les caisses. Du coup, il fallut créer une cotisation pour s’inscrire à l’école, encore plus onéreuse que les anciens frais de scolarité. L’école étant obligatoire, les parents les plus modestes sentent comme « un couteau sous la gorge » à chaque rentrée scolaire.

 

  • Des aides humanitaires

Depuis sa construction en 1994, l’école d’Émana a bénéficié de quelques aides de certains pays pour se développer. A commencer par un soutien apporté en 2007 par le Japon qui fit construire un étage supplémentaire, augmentant ainsi la capacité d’accueil. A savoir que le nombre d’élèves ne cesse de croître avec la construction de nouveaux quartiers à proximité.

Seulement voilà. Sur certains bâtiments, le toit est inexistant. Un problème on ne peut plus majeur à régler dans la plus grande urgence. L’association Afrique Future, qui soutient aussi cette école, n’a réussi à récolter que 20 euros pour aménager un toit ! Un vrai scandale.

Quelquefois, l’école reçoit des dons et la directrice, Honorine Biyo’o, peut investir dans des manuels scolaires en petite quantité. Une fois de plus, la plupart des élèves n’auront pas accès à ces livres. Se détériorant au fil du temps, ils ne seront remplacés que plusieurs années après.

 

Ce qu’il y a de plus terrifiant, c’est quand les dons transitent par les gérants de l’école. On ne parle pas ici du corps enseignant ou de Madame la directrice, mais de leurs supérieurs. En effet, quand un donneur veut offrir des biens ou de l’argent à un organisme au Cameroun, il faut savoir que beaucoup de cadres se servent avant. Que ce soit du mobilier, des denrées alimentaires,… la quasi-totalité des biens est volée par les autorités camerounaises. Ce sont les populations locales et, dans le cas présent une école primaire, qui en souffrent. Encore une fois, comment voulez-vous qu’un pays se développe si ses gouvernants volent le peuple qui paie des impôts, souvent trop lourds ?

Pour contourner ceci, s’offrent deux solutions : la première est la corruption. La seconde est plus noble : porter directement ses dons à l’école sans passer par de tierces personnes. Vous serez sûr que votre obole sera remise aux personnes concernées.

 

 

En octobre 2017, des membres de SOS MADISON INTERNATIONAL se sont déplacés à l’école d’Émana. Mason Ewing, son président y retournera en mars 2018 pour apporter à ces enfants des livres, des cahiers et d’autres éléments nécessaires à l’éducation de tous. Mais l’association n’en reste pas là : ouvrir l’école sur le Net via un site web ; apporter de la visibilité afin que le combat mené depuis tant d’années puisse un jour porter ses fruits.

 

Les réelles perspectives d’avenir et d’évolution sont minces pour l’école d’Émana. Mais malheureusement, celle-ci est loin d’être un cas isolé. La chose la plus simple dans nos classes françaises est un luxe inouï pour les établissements publics camerounais. Pour faire un parallèle, il n’y a personne chargé du ménage. Les élèves sont obligés de s’en charger au lieu de travailler. Les jeunes, dans nos écoles, ne connaissent pas les véritables réalités de ce monde. S’engager humanitairement ne devrait pas être une option, mais un devoir.

Lucil Lagrange